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Hommage

Mon cher P'pa,


Ton passage du col est le vacillement de notre monde, nos aventures sentimentales avec toi sont maintenant des taches aveugles gravées sous nos paupières.


Tes colères homériques, tes yeux malicieux et ton humour espiègle provoquaient la fonte des glaces de n’importe quel iconoclaste.


Tu as illuminé notre monde avec ton petit catalogue des nations barbares et autres histoires absolument véridiques:
- Tu as chassé le tigre blanc en Alaska
- Tu as fait fuir le diable avec un cercle de charbon
- Ton ami le corbeau qui venait croasser avec toi tous les dimanches
- Le dragon du parc des Buttes Chaumont qui a terrifié notre enfance
- Le chmilblick qui volait nos morceaux de pommes, mangeait la tête de nos poules en chocolat de Pâques et vivait entre les carreaux de la cuisine.


Du Quai Voltaire à la plage des demoiselles Groisillonnes, tu as découvert le goût de Tunis et t’es religieusement converti aux promenades dans la forêt de Gammarth avec tes chiens.


Ta vie a parfois été un voyage aux pays des bords du gouffre, entre Mai 68 et la révolution tunisienne, tu as traversé le monde et ses tempêtes avec un enthousiasme à toute épreuve.


Papa, comme tu l’écris si bien, si Dieu existe c’est parce que Dieu est une fiction, c’est juste un malaise dans la littérature, c’est un simple désert physique fantasmé par des iconolâtres et autres Augustes Fulminants qui prônent l’envers du temps.


Tu as consacré ta prose à cette archéologie du zéro. Tu as exploré tous ces livres des malédictions et scientifiquement collectionné ces mythes comme un herboriste.


Ivre de livres, d’écrire tu n’as jamais vraiment pu t’arrêter, ton journal du non-écrire s’ouvre maintenant.


Papa, tu as jeté ton ancre de voyageur en naviguant dans la mer dans les cyclades, près des portes des Enfers.


Tu nous laisses avec tes années mortes et le privilège d’avoir partagé la vie d’un homme, d’un écrivain, d’un ami, d’un mari, d’un père... Inclassable comme ton oeuvre.


Papa, ton refus de croire est ta mémoire d’Erostrate, ton sourire et tes livres te rendent immortels mais... Mais P'pa, pour moi, ton plus beau chef d’oeuvre est le roman de ta vie.

 

Merci d'avoir été toi.


Au revoir Papa et ne t’inquiète pas pour nous: on continue.


Juliette Nadaud

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