Alain Nadaud

L'iconoclaste

1989

AlainNadaud l'iconoclaste, alainnadaud.com

Quai Voltaire, 1989
Roman, 440 p.


Prix de l'Union des éditeurs de langue française

       Beaucoup ignoraient que Karl Baedeker, un peu avant de mourir en 1859, avait eu l'idée de renouveler la conception des guides de voyage dont la rigueur et la précision avaient pourtant fait son renom. En dix-huit promenades à travers l'Empire ottoman, il avait ainsi choisi de transporter son lecteur sur les sites où s'était déroulée ce qu'on a appelé depuis la "querelle des Images" : un millénaire auparavant, les empereurs de Byzance avaient en effet décidé de détruire tous les portraits du Christ, de la Vierge et des Saints et, par là, de mettre en question le statut de la représentation dans la peinture.

       De plus, et en rapport avec chaque lieu décrit, Karl Baedeker avait eu soin de joindre un document dont l'auteur, le plus souvent, passait pour avoir été le témoin direct de l'un des épisodes clés de cette bataille. Dans un réduit ayant jadis appartenu au libraire Paul Ollendorff, l'auteur a retrouvé les brouillons de ce projet ; il s'est contenté d'y ajouter, pour chaque chapitre, une partie commentaire destinée à faire le lien entre ces moments et à faciliter l'intelligence de l'ensemble.

     Cette "géographie de l'iconoclasme" a donc le mérite de livrer l'essentiel des documents relatifs à cette période dont l'issue se révélera déterminante pour l'histoire de l'art en Occident. En un même ouvrage, on disposera d'une sorte de guide touristique, d'un traité de théologie, d'un dossier à caractère historique, d'un manuel d'esthétique, d'une monographie sur les icônes, etc. Plus encore, il s'agit d'un véritable roman d'aventures, dont l'image serait à la fois le personnage principal et l'enjeu. A mots couverts, ce livre se présente aussi comme l'écho lointain des débats qui, sur un même sujet, ne cessent d'agiter notre temps.

Articles de presse

"Ceux qui ont lu Archéologie du zéro ou Désert physique retrouveront avec plaisir le style épuré et les domaines de prédilection d'Alain Nadaud qui, avec L'Iconoclaste vient une nouvelle fois de faire œuvre originale."


Ouest-France

"Mais, on l'a compris, cette exceptionnelle documentation n'a presque plus d'importance. Pas plus que n'a d'importance, en fin de compte, celle de Flaubert pour Salammbô. Elle nourrit ici un rêve, des couleurs, une vision intérieure forte. Et l'on se moque bien de savoir ce qui, dans les documents, est vrai, ce que Nadaud adapte, ce qu'il paraphrase, ce qu'il complète ou ce qu'il invente. On se sent tout simplement pris par une immense intrigue menée sobrement, simplement, avec cette part de rêve que donne une écriture volontairement retenue, voire faussement neutre, à rebours du roman historique. Et donc encore plus romanesque."


J.-M. de Montremy, La Croix

"Avec L'Iconoclaste, Alain Nadaud a composé une manière de chef-d'œuvre parfaitement isolé dans l'époque. Depuis sa pythagoricienne Archéologie du zéro, on connaît le talent de constructeur de Nadaud et la vigueur de ses fables. L'iconoclaste allie à ces vertus le pittoresque des temps et des lieux et un très salutaire goût de l'équivoque. Que l'on ne croie point en effet que le livre illustre tout uniment une thèse.(…) Sans doute faut-il ajouter, puisqu'il est de bon ton, aujourd'hui, de déclarer lassant tout ouvrage qui ne sacrifie pas à la facilité de l'historiette psychologique bricolée, qu'un roman si large n'est pas une seule fois ennuyeux et que la diversité des modes de narration le garantit contre la monotonie. Qu'il est en somme intelligent, bien écrit et que sa lecture est voluptueuse."


Philippe Dagen, Le Monde

"Aventureux, théologique, d'une violence extrême parfois, L'Iconoclaste pourra servir de méditation à notre siècle d'images pas toujours sacrées, destinées parfois à faire des individus de petits dieux aux ailes singulièrement rognées."


Françoise Ducout, Elle

 

Pages en construction

"A l'amateur d'historiettes sentimentales et de récits qui ne racontent que ce que l'on sait depuis toujours, il est recommandé de fuir ce livre. A ceux qui aiment s'enfoncer dans une œuvre dense où l'érudition n'engendre pas l'ennui, découvrir des pays et des mœurs, les luttes de l'esprit, le pouvoir des religions et les difficultés de la foi, des caractères d'hommes qu'on ne rencontre pas tous les jours et les replis les plus obscurs des âmes, c'est de s'installer dans cette aventure qu'il est recommandé. Les qualités d'écrivain d'Alain Nadaud nous emportent très loin, tout près et très haut."


Pierre-Robert Leclerc, Le Magazine littéraire

"Depuis son premier livre, Alain Nadaud suit un chemin frontalier entre philosophie et littérature. (…) Mêlant les documents originaux à la fiction, il réalise une superproduction jamais artificielle qui trouve son rythme dans le relais des narrateurs, et sa séduction dans le mélange des genres. C'est la fusion des aventures d'Alix et de la collection Guillaume Budé."


Jean-Didier Wagneur, Libération

Christ antérieur à l’iconoclasme Monastère Sainte-Catherine (Egypte), alainnadaud.com

Christ antérieur à l’iconoclasme
Monastère Sainte-Catherine
(Egypte)

Architexture

"L’Iconoclaste" fait écho à la nouvelle du même nom parue dans "Voyage au pays des bords du gouffre", sans qu'il y ait par ailleurs de véritable lien entre les deux. Le titre seul, et l'atmosphère où elle baigne, ont dû faire leur chemin. L’histoire de la Querelle des images, qui a sévi de 725 à 846 dans l'Empire romain d'Orient, met en scène, à partir d’une documentation historique avérée, la folie destructrice qui s'est emparée des empereurs de Byzance à l'égard des icônes, alors que la défense de celles-ci sera majoritairement assurée par les femmes.

Architexture, Alain Nadaud, alainnadaud.com

A partir des arguments du débat théologique tel qu'il était mené à l'époque, très vite on s'aperçoit que l'iconoclasme, en plus de donner libre cours à une violence irrationnelle, destructrice et haute en couleurs, si ce n'est proprement romanesque, jette les bases d’une réflexion plus générale sur l’image et les pouvoirs de la représentation, déborde sur d'autres questions comme celle du fantasme, et donc sur l’interdit de voir et de donner à voir. Qu'est-ce donc que les iconoclastes ne veulent pas voir ? Et qu'est-ce qui, au fond, ne peut être vu ? De telles questions font de manière inévitable écho à ce point d'éblouissement déjà évoqué dans "La Tache aveugle" (qu'est-ce qui ne peut être écrit ?) ainsi que dans "Archéologie du zéro" (Qu'est-ce qui ne peut être pensé ?). "L'Iconoclaste" serait ainsi le pendant, par rapport à l'activité artistique et picturale, de ces deux précédentes mises en évidence d'un centre vide, du "trou noir" d'où procèdent, et autour duquel continuent ensuite de tourner, l'imaginaire et la fiction.

Enjeux de la querelle des images

        Qu'est-ce qui a bien pu conduire, par deux fois entre 725 et 843, les empereurs de Byzance à contester la validité des représentations divines à travers la peinture et à détruire, de façon rageuse et systématique, toutes les icônes du Christ, de la Vierge et des saints ?


       C'est en premier par rapport à une typologie de l'icône - en ce que celle-ci cherche justement à produire une "présence" -, ensuite en référence à certaines problématiques héritées de l'Antiquité, enfin sous l'influence des anicônismes biblique et musulman que peuvent être décelées les origines de cette haine des images. Mais c'est surtout à la lumière de ce qu'était l'empire byzantin au VIIIe siècle que sont mises au jour les raisons économiques, sociales et politiques, mais aussi esthétiques et théologiques, qui aboutirent à ce conflit d'une rare violence, aux persécutions innombrables, en sorte que très peu d'icônes antérieures à cette époque parviendront jusqu'à nous.


        A travers les figures légendaires et diabolisées de Léon III l'Isaurien, de Constantin Copronyme et de Léon V l'Arménien, sera retracée l'histoire de cette guerre des images avec, à mesure de leur développement, la restitution si possible impartiale des arguments qui s'affrontèrent autour de cette question centrale : la divinité éternelle et infinie de Dieu peut-elle être restituée, "circonscrite", par les moyens périssables et limités de la peinture ?


       Loin d'être une querelle purement "byzantine", ce débat amorcera la séparation entre empires romains d'Orient et d'Occident, catholicisme et orthodoxie, forcera l'Eglise à réfléchir aux vertus - et aux dangers - propres à l'image et à en définir les règles, influencera tout l'art occidental à partir des Primitifs italiens, inspirera en partie l'esprit du Protestantisme et de la Réforme. Il aura jusqu'à aujourd'hui, dans une société dominée par l'image, de sourdes conséquences sur certains aspects de l'art contemporain.

Alain Nadaud

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