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Extraits de presse

Si vous disposez de plus d'informations, veuillez contacter s'il vous plait: info@alainnadaud.com

Podcast - D'écrire j'arrête , d'Alain Nadaud (Tarabuste) 2011

https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-du-jour-10-11/decrire-jarrete-dalain-nadaud-tarabuste

Ce petit récit a paru en même temps que la Plage des demoiselles (éditions Léo Scheer) et Comment je ne suis jamais devenu écrivain, une nouvelle insérée dans la Revue littéraire. Les deux livres abordent la question de l’écriture. D’abord la poussée qui y conduisit, puis l’affaiblissement de celle-ci, quarante années plus tard. Le texte court s’intéresse au statut improbable de l’écrivain. Alain Nadaud interroge donc ici le littéraire. Comme mode d’appréhension et de figuration symbolique du vécu, à la fois nécessaire et sujet à caution. Et comme marqueur social. (...)

C’est à une véritable archéologie de l’acte créateur qu’Alain Nadaud ici se livre. En débusquant ses motivations et démêlant sa complexité. Si la question habite tous ses romans, elle n’avait jamais à ce point franchit le cap de l’explicite.

On aura évidemment remarqué que Nadaud recourt à un livre pour annoncer son arrêt, selon une très classique stratégie de mise en abyme. D’écrire j’arrête, récit de la sortie de l’écriture, ne peut donc que faire revenir celle-ci. En douterait-on, que son titre délibérément, presque caricaturalement chantourné, en assène la certitude. Un beau matin, il se retrouve à sa table de travail, aussi naturellement qu’il s’en était écarté quelques semaines plus tôt. Parce que l’interruption et la reprise ne procèdent pas d’un décret. Parce que l’écriture n’est pas une activité ordinaire, mais un processus lié à l’être profond.


Jean-claude Lebrun, L'Humanité

[Tendance] Ceux qui arrêtent d'écrire

Il s’appelle Alain Nadaud. Les plus cultivés le confondent avec Maurice Nadeau, de "la Quinzaine littéraire". Il vient de signer un livre où il déclare en couverture : "D’écrire j’arrête".

Un écrivain de 63 ans qui jette l'éponge, ça n'intéresse personne. Il vient en effet de signer chez Tarabuste, petit éditeur de l'Indre, un livre où il déclare en couverture : « D'écrire j'arrête » (13 euros), et nul ne daigne s'en faire l'écho. Un grand silence au parfum d'indifférence accompagne sa claironnante traversée du désert. S'il lui fallait une preuve de l'oubli où l'époque l'a déjà relégué, il vient de la trouver.

Son oeuvre compte pourtant une trentaine de romans, de nouvelles, d'essais, de récits, publiés depuis trente ans chez de grands éditeurs, Denoël, Le Seuil, Grasset ou Albin Michel. Mais plus le temps a passé, moins on a lu l'aventureux, le passionnant auteur de « la Tache aveugle » et d'« Archéologie du zéro », adoubé à ses débuts par Roland Barthes. Les critiques qui l'avaient salué l'ont peu à peu négligé sans même penser à le regretter.

Il s'appelle Alain Nadaud. Les plus cultivés le confondent avec Maurice Nadeau, de «la Quinzaine littéraire», ou se souviennent l'avoir aperçu, jadis, à «Apostrophes». Les autres s'excusent, devant lui, de ne lire que «Marc Levy, Amélie Nothomb, Paulo Coelho et Guillaume Musso». Lui-même reconnaît n'avoir été ni à la mode ni commercial. Trop fier pour se vendre, trop modeste pour qu'on l'achète.

Il a d'ailleurs quitté Paris pour vivre à Carthage, auprès d'une compagne qui travaille le verre soufflé. C'est à elle qu'il déclara, un matin : «J'ai décidé d'arrêter d'écrire.» Sauf ce livre, sorte d'anti-«Paludes», où il raconte pourquoi il fait ses adieux à son sacerdoce, pourtant sa raison de vivre, et rappelle que les cimetières sont pleins d'auteurs irremplaçables.

Cet émouvant autoportrait se double d'une satire gidienne de la société littéraire qui plébiscite les euphoriques surproductifs et prie les auteurs dépressifs de dégager fissa. Lisez ce petit récit désabusé, et vous aurez envie de découvrir les livres précédents de Nadaud afin, peut-être, qu'il revienne sur sa décision.

Jérôme Garcin

Source : « Le Nouvel Observateur » du 21 avril 2011

Partir, partir, qui n’a pas rêvé de partir. Jusqu'à jour où le départ ajourné, c’est la possibilité du départ qui s’en trouvât oblitérée. Rimbaud écrivit un jour : « On ne part pas. Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice ».

Écrire, écrire à en mourir, quel écrivain n’a pas souhaité que cette injonction devienne le ressort de son existence, et qu’en cette compulsion se profilât le destin d’une vie accomplie. La littérature est un combat pour la plénitude, une manière d’être, qui ne supporte ni l’interruption ni la panne. À quoi bon perdre son temps à composer de belles phrases, disait Sartre, lorsqu’il écrivait son Flaubert, après qu’il eut rompu avec la littérature en 1964. Cette question n’a pas de sens si on se place du point de vue de celui qui écrit. Il est rare que le choix d’écrire soit un choix délibéré. Mais il est encore plus rare que l’acceptation de cesser d’écrire soit l’effet d’une soudaine décision. Aussi, c’est avec un véritable sentiment de curiosité que l’on ouvre le dernier livre d’Alain Nadaud –  D’écrire, j’arrête(1). Ce titre est à lui seul une énigme. Il désigne la fin d’un programme de vie, la suspension d’un régime de vie indissociable de l’écriture romanesque. Alain Nadaud est un écrivain confirmé, il a déjà écrit plus d’une vingtaine de livres, il écrit depuis quarante ans, et ce vice lui est venu de l’enfance, durant son internat, à l’heure du coucher, où il se racontait des histoires, afin de trouver le sommeil. Alain Nadaud est un romancier métaphysique qui use de la fiction pour en faire une interprète de l’inconscient…

Quels motifs l’ont poussé à se mettre à la retraite ? Ce choix s’est imposé à lui comme une évidence. Et le livre explique la raison de ce terrassement de l’esprit. Il n’est pas un adieu à la littérature dans le style des Mots de Sartre. Il ne signe pas l’échec d’un projet littéraire, mais celui d’une impossible rencontre avec des lecteurs et des éditeurs censés le soutenir. Il est une méditation active sur ce que l’auteur considère comme un échec, le résultat de son histoire singulière. Il se passe à Tunis, là où vit Alain Nadaud, avec sa compagne Sadika, connue pour sa boutique de verre soufflée et d’artisanat local. Il est une parfaite reconstitution de la vie de l’auteur, habitué à écrire tous les matins. Il commence le jour où il se réveille avec la certitude que sa vie d’écrivain est derrière lui. Chaque chapitre est un éclairage sur l’effet que produit cette décision chez l’écrivain, son entourage, et ses rencontres de fortune. Il y a d’abord la première matinée qui bouleverse l’ordre temporel de la journée. Et celle du chien, habitué à se promener une fois les travaux d’écriture achevés. Il y a la soirée chez des amis où Nadaud teste sa décision. Il y a une réception dans une ambassade où il croise une lectrice de Marc Lévy, Amélie Nothomb, et Guillaume Musso. L’auteur se désespère de l’absence de légitimité de la littérature. Et il prend conscience que d’arrêter d’écrire, comme arrêter de boire, est un vrai travail. Il ne veut pas devenir « un dépendant anonyme ». Il craint d’être dépassé par son suicide symbolique.

Il ne sait pas au début du livre pourquoi il tient absolument à répandre la nouvelle. C’est pourquoi il s’en explique avec un écrivain français de passage. Une femme en l’occurrence que certains reconnaîtront. La scène se passe sur le site des anciens ports puniques. Nadaud est un passionné de l’Antiquité. Mais cette conversation porte surtout sur son dernier roman qui raconte un voyage d’écrivains ratés au Tibet sous occupation Chinoise. « Pourquoi ne tiendrais-je pas compte de l’avertissement que m’adresse la fiction ?» se demande Nadaud. Il apporte la preuve que la fiction n’est pas un simple divertissement et qu’elle a une fonction de vérité.

Ceci n’est qu’un aspect de ce livre riche, écrit au scalpel, et dont on attend malgré tout une suite.

Le dernier livre non publié de Nadaud étant une autobiographie, il est possible d’espérer… 

(1) Tarabuste, 13 euros.

Philippe Petit, Marianne (2011)

https://www.marianne.net/debattons/billets/d-ecrire-j-arrete