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Extraits de presse

"La logique narrative de ce récit autobiographique relève de l'inventaire : en huit jours et huit objets minutieusement décrits, de la valise toute cabossée à la blouse grise, en passant par le porte-plume à l'ancienne, l'auteur ressuscite ce qu'il nomme lui-même ses "années mortes". Un long apprentissage de la solitude et de la douleur morale, exagérée bien sûr par la fragilité de l'enfance, qui prend la forme d'un séjour en pension chez les Pères. Punitions physiques, ambiance confinée, premiers émois, paysage imprécis et cotonneux de l'ennui, jalousies et mensonges, cruautés des camarades. L'air est connu, mais Alain Nadaud transcende la banalité de l'expérience par le recours de l'enfant à l'écriture. L'écriture, jusqu'aux dictées infligées, le sauve, en même temps que l'imaginaire où il se complait, qui le protège du réel trop médiocre et décevant."

Éditions Grasset

Alain Nadaud, par-delà les "années mortes"

"Depuis peu, l'on célèbre - reality shows inclus - la bonne vieille école en blouse grise et le maître inaccessible, deus ex machina du tableau noir. De sa décennie passée dans un internat de Frères, à la jonction des années 1950-1960, l'écrivain Alain Nadaud (né en 1948) parle, pour sa part, comme de ses Années mortes. Vaste bâtiment sévère, jardin rudement taillé, cours bétonnées, longs dortoirs spartiates, repas en silence, emploi du temps réglé pour n'en pas laisser. Voilà pour le cadre.

Les Années mortes n'est toutefois pas un livre de souvenirs, mais le récit d'une naissance à l'écriture et à la lecture. Quand on a reçu le même prénom que son frère inconnu, mort prématurément, tracer sur les copies ce prénom qui n'est pas tout à fait le sien, c'est découvrir sa propre « identité incertaine », comme Ulysse ou comme l'« homme sans qualités » de Musil. Être puni par la rédaction de mille lignes à copier et compiler, c'est découvrir le texte infini. Choisir un livre dans la bibliothèque, sans avoir le temps (ni le droit) de le feuilleter auparavant, c'est rêver du livre absolu, du chef-d'oeuvre introuvable.

Cette décennie en pension, Alain Nadaud la raconte en huit « jours » - de l'arrivée, enfant, jusqu'à la sortie, adolescent. Il le fait avec ce style net, présent-absent, dont l'ordre et la clarté trahissent d'autant plus l'émotion. Chaque « jour » est précédé d'une fiche d'« inventaire » où l'écolier décrit successivement sa valise, son porte-plume, sa blouse grise... Autant de poèmes en prose nés de l'attention qu'un enfant seul porte au peu d'objets qui sont les siens. (...)"

Jean-Maurice De Montremy, La Croix (Mars 2005)

https://www.la-croix.com/Archives/2005-03-10/Alain-Nadaud-par-dela-les-annees-mortes-_NP_-2005-03-10-231229

"On pourrait multiplier les exemples précis qui montrent le jaillissements, d’une manière cyclique, de ce sentiment de messianisme qui habite l’humanité à un moment de son parcours, cette aspiration à un âge d’or vers lequel toute civilisation, emprisonnée dans les âges d’airain ou de fer, regarde et dont l’enfant dans son innocence et sa lucidité est le symbole tutélaire. C’est un beau livre que ces Années mortes où l’écriture ample et sonore ne laisse pas de nous enchanter. Et ici encore, comme dans ses précédents romans, sous la gravité du propos, surgit parfois un regard amusé dont le héros fait souvent les frais et le lecteur ses délices."

Fathi Chargui, http://fathichargui.unblog.fr/  (Octobre 2012)