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Autobiographie semi-fictive

Texte d'Alain Nadaud

        Alain Nadaud est né en 1948, à Paris.


        Dans la pension d'un autre âge où il a été relégué très tôt, il a lu quantité de livres insipides : rebuts d'éditeur, tomes dépareillés, collections bon marché, nanars…[1] Pour se rattraper autant que pour tromper son ennui, dans la solitude de l'immense dortoir il a passé chaque nuit à s'inventer des histoires. Au lieu de l'aider à s'endormir, celles-ci finissaient par lui échauffer tellement l'esprit qu'il se retrouvait, la cloche sonnant, yeux grand ouverts dans l'aube blanche. Il aura bien ensuite tenté de les transcrire au propre, dans de grands cahiers à spirale achetés à la procure : tous lui ont été à chaque fois confisqués par les pions.


        De là lui vient peut-être aussi sa méfiance à l'égard des bibliothèques : intimidé par leurs murs écrasants de livres, il ne les a fréquentées que contraint, plein de circonspection. Avec son argent de poche, il aura préféré s'en constituer une selon son goût. Au départ, elle était pour l'essentiel composée de Bob Morane achetés un à un, en collection Marabout junior ; avec un soin maniaque, il veillait à ce que les dos en soient bien alignés sur la petite étagère en bois au-dessus de son lit.


        Au sortir des rigueurs de la pension, il a voulu imiter les héros des romans de Balzac en menant la vie bohême, oisive et insouciante des étudiants. Entré à la faculté de Nanterre, il a suivi des cours de linguistique, de boxe française et d'initiation au latin. Avec une impayable naïveté, il s'était imaginé que, pendant ses études de lettres, on lui montrerait comment procéder pour devenir écrivain[2]. La grève à l'université et les événements de Mai 68 ont vite eu raison de ces faux apprentissages. Comme ses “camarades“, il a défilé sous le déploiement des drapeaux rouges et des banderoles, crié des slogans incompréhensibles, jeté des pavés dans la mare en même temps que contre les CRS. Succombant à l'hystérie révolutionnaire, il a adoré et redouté à la fois le pin-pon des sirènes de police, les reflux soudains de la foule, les clameurs indignées des manifestants, le chant cristallin des vitrines brisées, l'âpre et prégnante puanteur des gaz lacrymogènes.


        Le grand soir tardant à venir, il s'est essayé à la flûte traversière ; mais, outre qu'il n'était pas très doué, qu'il n'avait guère d'oreille ni de rythme, il a considéré que la musique était un exercice trop répétitif à son goût ; aussi a-t-il préféré jeter son dévolu sur un autre instrument : une machine à écrire portative, de marque Japy script. Elle ne l'a plus quitté depuis.


        Très tôt, il a eu foi en certains épisodes de la mythologie, comme celui qui raconte que Prométhée avait volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes - ce dont, à la suite d'Arthur Rimbaud, continuent de se réclamer les abscons poètes d'aujourd'hui. Il a exercé les métiers de menuisier, archiviste, saute-ruisseau, manutentionnaire, vendeur, contrôleur du travail… Après avoir fait l'acquisition d'un sac à dos de marque Lafuma, il a voyagé au plus loin que le lui permettaient ses économies, autant pour voir à quoi ressemblaient le monde et ceux qui l'habitent que pour s'éblouir, se faire un peu souffrir dans les épreuves.


        Il aurait bien voulu atteindre aux limites de la Terre, histoire de vérifier si cette dernière était bien plate, au contraire de ce qu'avait postulé jadis Philolaos de Crotone[3]. Au marché de Tidjikja, au cœur du désert mauritanien, il a fait semblant de ne pas remarquer le regard résigné des hommes aux chevilles cerclées d'anneaux en fer reliés entre eux par des chaînes. Selle rompue, il est tombé à plat sur le dos, sans plus pouvoir se relever, du haut d'un grand chameau blanc lancé au galop à travers le désert nigérien. Parvenu à la confluence du Tigre et de l'Euphrate, il s'est balancé sur une chaise en plastique en sirotant un tiède Fanta orange à l'emplacement à la fois exact et supposé du Paradis terrestre. A l'heure de midi, de sable il a rempli ses chaussures en voulant escalader l'énorme amas de brique crue, qu'on prétend être les décombres de la tour de Babel ; de son sommet, il a prêté l'oreille aux incompréhensibles murmures du vent. Après la pluie, arpentant le site de Tello Baraï, il a ramassé des tablettes d'argile et des cônes de fondation couverts de cunéiformes, fragments d'une écriture surgie des confins de l'histoire ; il en a conclu avoir mis la main sur les vestiges de la légendaire bibliothèque de Sakkya-Iptah[4] quand finalement cette écriture ne remontait que de lui-même.


        Dans les faubourgs de Bagdad, il a été convié à un ziqr où, pour la plus grande gloire de Dieu, des hommes en transe se passent des épées à travers le corps, puis vous obligent à mettre les doigts dans leur plaie ; pendant que d'autres, à l'aide d'une brique, se plantent des couteaux dans la tête ou mâchent en souriant des braises qui leur consument la langue. Dans des medressas, il s'est abandonné à la lancinance extatique des chants soufis, où des derviches tournent sur eux-mêmes au son d'immenses tambours de peau. Jupes en corolle sur leurs jambières de toile, ils scandent de façon interminable le nom d'Allah ; et c'est ainsi que, peu à peu, ils se hissent jusqu'au Ciel.


        Aux limites de l'Irak et du Kurdistan, il a hésité au seuil de la caverne où, dès l'entrée, un serpent est sculpté dans la roche ; on y voue un culte paradoxal à Iblis, ou encore Lucifer, qui veut dire "Porte Lumière". La secte des Yézidis y adore Satan, qui est pour eux comme le premier martyr : n'a-t-il pas en effet préféré sa propre damnation plutôt que de se mettre au service de l'homme et renoncer à son amour exclusif pour Dieu[5].


        Il a arpenté les sanctuaires étouffants d'Egypte, les tombes d'Ur, de Sumer et d'Akkad, les temples aux figurines colorées, rose bonbon, vert pistache et bleu lavande de l'Inde du sud : dans la nuit sombre et grasse, à la lueur de myriades de petites lampes à huile, on y adore des crocodiles somnolents ou encore, en hommage au dieu Ganesh, des éléphants parés d'immenses colliers de fleurs. A Calicut, il a assisté aux décapitations d'animaux que pratiquent à brefs coups de sabre les adorateurs de la déesse Kali. Il a suivi un temps le pèlerinage erratique de saddhous aux cheveux enduits de bouse de vache, qui n'ont pour tout vêtement qu'une mince couche de cendre ou, à même la peau, quelques signes peints, énigmatiques ; de leurs minces flûtes en bois de caroubier ces derniers tirent des sons obsédants et criards.


        En Inde du sud, il a vu des hommes manger vivants les termites qui, après les pluies de la mousson, sortent de terre en masse, aveuglés par la lumière blafarde des néons. Au Sri Lanka, qui à cette époque s'appelait encore Ceylan, à l'ombre du grand Bouddha couché, il s'est essayé à lire en anglais, à quoi la concision ne se prête guère, les textes emphatiques des Védas et des Upanisads.


        Dans l'ashram de Sri Aurobindo, près de Pondichéry, une blonde aux seins opulents l'a initié aux positions extravagantes du Kama Soutra ; au rythme des vagues qui frappaient le mur de la chambre, il s'est essayé aux accouplements mystiques tels que les pratiquaient les prostituées sacrées dont les formes abondantes ornent les parois du temple de Khajurâho ; c'est en pénétrant ces érotomanes placides et souples, et à condition de s'exercer à la rétention prolongée du sperme, que les adeptes du tantrisme embrassent les lèvres de l'éternité. Parvenu à bout de forces à Bénarès, assailli de violentes crises de paludisme, il s'est demandé s'il ne ferait pas mieux de disparaître une fois pour toutes, de s'allonger à côté des mendiants sur le trottoir des ruelles en pente qui débouchent sur le Gange ; le long de ses rives boueuses achèvent de se consumer les bûchers funéraires où l'âme se libère à jamais de la roue des existences.


        Sur les berges de la rivière Yaco, où se terrent, invisibles, les redoutables dieux Anu et Bico, en compagnie de Yorubas animistes il a mangé de blanches vessies, épicées et gluantes, farcies de très étranges hachis ; machette posée à son côté sur l'herbe, il gardait un œil sur les impénétrables frondaisons bleu sombre d'où, pour mieux vous assommer et vous dévorer, se laissent choir de tout leur poids sur votre nuque de monstrueux anacondas. Depuis les rives du golfe de Guinée, au volant de sa Land cruiser il a traversé la moitié du continent africain rien que pour s'approcher, autant qu'il était possible malgré la crue, des ocres murailles de Tombouctou. En chemin, il a exploré certaines des tombes troglodytes du peuple Dogon, qui truffent la vertigineuse falaise de Bandiagara.


        Revenu à Paris, il a ensuite enseigné la philosophie, dont il ignorait jusqu'aux premiers principes ; il a rêvé aux hanches de Diotime de Mantinée, qui loue la beauté des corps et, par abstractions successives, invite à s'élever jusqu'à la Beauté absolue. Il s'est interrogé sur la théorie de Pythagore, qui postule que Dieu est le nombre parfait et qu'à chaque chiffre correspond un des attributs de la divinité. Pour en avoir le cœur net, torche au poing, il n'a pas craint de s'introduire de nuit dans une des nécropoles souterraines des environs d'Alexandrie ; à l'intérieur d'une urne funéraire, il a découvert les archives de la secte, dite des “Adorateurs du zéro“, que la soudaine révélation de ce chiffre, rapporté d'Inde par les conquérants arabes, avait fait basculer dans l'athéisme. Il en a rendu publics les documents dans ce qui fut son premier roman[6], lequel retrace le formidable effort intellectuel qu'il a fallu à l'humanité pour inventer un nombre qui soit l'absence même de nombre.


        A Jérusalem, à l'aube il a écouté l'appel tournoyant du muezzin, suivi par le carillon des cloches du quartier orthodoxe et les lointaines psalmodies des kabbalistes qui, balançant la tête d'arrière en avant, cherchent le nombre de Dieu dans les versets chiffrés de la Torah. Il a retenu son souffle à la lecture d'une nouvelle de Jorge-Luis Borges où celui-ci décrit comment, entre les marches de l'escalier qui descend à la cave, et donc comme entre les lignes de ses propres écrits, il a aperçu l'insoutenable lueur de l'Aleph.


        Pour l'écriture de son deuxième roman, il a pris la tête d'une cohorte de légionnaires gaulois chargée d'escorter jusqu'à Rome des chariots bourrés de livres au long de ce qui restait de l'autoroute du sud telle que l'avaient construite les Cyclopes deux mille ans avant notre ère[7]. C'est ainsi qu'il en est venu à s'intéresser aux travaux des physiciens du XVIIIe siècle qui, à l'aide de simples jeux de miroirs, avaient réussi à calculer la vitesse de la lumière, qui est la mesure du temps, puis à l'hypothèse de Stephen Hawkins qui un moment craignit que l'univers, parvenu dans son mouvement d'expansion à son point extrême d'élasticité, ne soit amené à faire machine arrière, à nous précipiter du présent vers le passé, dans la préhistoire et le chaos. Il a interrogé les astronomes qui, dans les nuages de poussières cosmiques où se conserve la trace de l'explosion qui engendra l'univers, tentent de saisir sur le vif la silhouette facétieuse et subreptice de Dieu.


        Sur le tableau noir d'amphithéâtres désertés, lui sont restés illisibles les calculs tracés d'une craie elliptique par des mathématiciens acharnés à découvrir le principe qui régit la succession infinie et aléatoire des nombres premiers. De ses questions il a harcelé les théologiens, les chamans, les Zoroastriens, les archéologues de l'Ecole biblique de Jérusalem… Guidé par le fils du cheikh Barakat, il s'est tordu les chevilles dans les éboulements qui jonchent le pied du mont Sinaï ; longtemps, il a cherché l'endroit où Moïse, à la vue du Veau d'or, brisa  les premières tables de la loi et, comme l'atteste la Bible, les seules en lettres de feu à avoir été "écrites du doigt de Dieu“[8]. Il est redescendu jusqu'au monastère Sainte-Catherine où, sur la foi d'un jeune moine orthodoxe, il a attendu que les premiers rayons du jour qui traversent la nef redonnent vie à la figure du Christ Pantocrator ; tout à sa déception, il n'a pu s'empêcher de ressentir à la jetée du bras le frisson destructeur des iconoclastes byzantins qui, sous le règne de Constantin le Merdeux, avaient brisé à terre et piétiné les images de la Vierge et des saints[9].


        De passage à Moscou, en échange de quelques dollars il a réussi à s'introduire de nuit dans les locaux de la Loubianka, où avait été torturé son grand-père ; dans la salle des archives de l'ex-KGB, il a consulté le dossier de ce dernier, ainsi que les protocoles d'interrogatoires qui sous la torture l'avaient peu à peu conduit à travestir sa vie en une authentique fiction. Hélas, il n'est pas parvenu à retrouver le roman qu'il était censé avoir écrit avant que d'être arrêté[10]. 


        Sur les indications d'un ami ingénieur, il a ensuite bricolé un portique parcouru d'un champ électromagnétique de faible intensité afin de fixer sur l'argentique la silhouette impalpable des anges. A la faveur de leurs incessants allers et retours depuis le Ciel, il s'est imaginé de pouvoir les prendre au piège comme des mouches dans la toile que tisse Internet tout autour de la Terre. Bredouille, il a préféré s'agenouiller devant le corps nu d'une femme, surprise déhanchée, appuyée du coude contre l'un des rayonnages de sa bibliothèque[11] ; et il lui a voué cette sorte de culte, qu'on appelle l'amour, bien que d'ailes dans son dos il n'eût pas trouvé trace.


        Il a exploré les différents endroits où ont séjourné ermites et prophètes, anfractuosités de roche où coule une source, falaises, portiques, chapiteaux de colonnes, cryptes éboulées : le buisson ardent, d'où Dieu parla à Moïse, le pipal de Bodh Gaya, à l'ombre duquel le Bouddha connut l'Illumination, le lac de Tibériade où Jésus marcha sur les eaux, la vallée de la Géhenne, la forêt de Brocéliande, Chinguetti et Kairouan sous divers déguisements, les appartements poussiéreux et confinés, du Potala. Il a tendu l'oreille au vent qui brasse les feuilles dans les branches des chênes de Dodone, où les prêtres de jadis déchiffraient les oracles de Zeus. D'une des portes de Thèbes, où Œdipe se joua de l'infantile énigme que lui avait posée le Sphinx, il a contemplé dans la ténèbre les lumières de la vallée en contrebas.


        De ses mains il a construit une galère en modèle réduit et minces lamelles de bois pour mieux accompagner le poète romain Sextus Publius Galba qui traversa la Méditerranée et chercha à identifier le premier qui osa enfreindre le décret de la grande assemblée des cités d'Asie : sous peine de mort, celle-ci n'avait-elle pas interdit que fût prononcé le nom d'Erostrate qui, pour accéder à la postérité, venait d'incendier le temple d'Artémis à Ephèse[12] ?


        Sur les indications fournies par certains auteurs de l'Antiquité, il a mis ses pas dans ceux d'Héraclès, d'Ulysse, de Thésée et d'Orphée et exploré les entrées par où ceux-ci prétendaient être remontés des Enfers : cavernes aux parois couvertes de calcaire lustré qu'on avait pris pour des concrétions de glace, sources bouillonnantes de soufre, repaire des Erynnies dont, sous peine de tomber asphyxié, il faut s'écarter en courant lorsque le vent tourne et rabat les vapeurs méphitiques, étangs remplis de pestilences, gouffres où des fleuves souterrains bruissent dans les ténèbres[13]. Dans l'eau chaude jusqu'aux chevilles et chassant de son visage les moustiques, il a forcé la grille qui obture l'antre aujourd'hui inondé de la Sibylle. Sans en craindre le poison mortel, il s'est désaltéré de l'eau du Styx. Il a dormi sous les murs de Troie dans le lit à sec du Scamandre, fait à pied le tour de la mer Morte, ramassé de lourdes pierres pour élever un chörten et à son tour remercier les dieux sur la rive torrentueuse du Brahmapoutre.


        Il a donné ses dernières pièces d'argent à des fossoyeurs, qui creusent le jour durant d'énormes trous dans la terre. Il a partagé l'ivresse hypnotique des chamans, les danses hululantes des Indiens Micmac en l'honneur du grand Manitou. Il a récolté force horions pour avoir, en compagnie de la canaille des fossés, lancé des pierres contre les chevau-légers, bravé le canon du haut de la barricade élevée à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, confondu les troubles de la Fronde et ceux de Mai 68[14]. Sur l'injonction du duc de Sennanges, il tira plusieurs coups de feu pour attirer l'attention du batelier qui somnolait sur son ponton, de l'autre côté de la rivière Puri. Dans une bibliothèque, dont le plancher incurvé sous l'excessif poids des livres risquait à chaque instant de s'effondrer, il a fait tourner du plat de la main l'immense globe terrestre qu'avait dessiné à la plume l'inconsolable Père Legrand[15].


        En suivant le fond d'une vallée, il a pénétré dans les édifices de systèmes philosophiques aux architectures aujourd'hui en partie délabrées ; il a circulé entre les piliers et sous les voûtes de cathédrales littéraires qui, elles, en revanche étaient demeurées intactes[16]. Il a longuement fouillé dans la décharge aux concepts où, parmi les débris des appareils théologiques, les utopies et les systèmes politiques obsolètes, il avait pensé déceler et mettre au jour l'ineffable splendeur du Logos.


        Etonné des vantardises d'Il Professore, chercheur en biologie moléculaire qui prétendait en avoir découvert la preuve, il a préféré s'en remettre à l'argument d'Anselme de l'abbaye du Bec qui démontre en raison, et qu'on a cru un temps de manière irréfutable, l'existence de Dieu[17]. Le souffle court, il a gravi le sentier escarpé qui conduit au monastère de Philong Ta, perdu au fond des Himalayas. Le poil hérissé au barrissement des trompes stridentes, puis bercé par les psalmodies et le tintement des cloches mystiques, sur les conseils d'un lama impassible il s'est exercé à remonter par la voie de l'Endormissement le cours de ses vies antérieures, sans même s'apercevoir qu'il les avait déjà mises en scène dans les romans qu'il avait ici ou là publiés[18].


        Fatigué par ces pérégrinations, Alain Nadaud s'est finalement retiré sur les côtes de Carthage. Entre la forêt de Gammarth et la mer, il vit dans la proximité du grondement des fours construits par sa compagne Sadika, souffleuse de verre. En vain il a cherché les indices d'un hypothétique séjour de Virgile en cette antique cité. Enée n'y passa-t-il pourtant pas la moitié de l'Enéide à raconter à la reine Didon les ruses d'Ulysse et l'incroyable histoire du cheval de bois qui provoqua la chute de Troie?  Preuves à l'appui, il a découvert que l'illustre poète n'était pas mort d'une insolation, ainsi que le prétend la tradition, mais avait été empoisonné par l'empereur Auguste qui l'empêcha ainsi de brûler son manuscrit où il avait fait de lui un dieu vivant[19].


        En désespoir de cause, Alain Nadaud cherche à déceler autant dans l'air du temps que dans ce qu'il lui reste de souvenirs la forme improbable des livres qu'il s'imagine avoir encore pour tâche de recopier.
             

 

Mars  2010  

                                                                    

[1]  Les Années mortes (Grasset)
[2]  La Plage des Demoiselles (Léo Scheer)
[3]  Voyage au pays des bords du gouffre (Denoël)
[4]  Désert physique (Denoël)
[5]  Lettre du Kurdistan in La Tache aveugle (EFR et Messidor)
[6]  Archéologie du zéro (Denoël)
[7]  L'Envers du temps (Denoël)
[8]  Le Livre des malédictions (Grasset)
[9]  L'Iconoclaste (Quai Voltaire)
[10]  La Fonte des glaces (Grasset)
[11]  L'Iconolâtre (Tarabuste) et La Peau des anges (Inédit)
[12]  La Mémoire d'Erostrate (Seuil)
[13]  Aux Portes des Enfers (Actes Sud)
[14]  Une aventure sentimentale (Verticales)
[15]  Le Vacillement du monde (Actes Sud)
[16]  Dans la vallée du monde des Idées (La Revue littéraire)
[17]  Si Dieu existe (Albin Michel)
[18]  Le Passage du col (Albin Michel)
[19]  Auguste fulminant (Grasset)