© Copyright 2010 Juliette Nadaud     -     Tous droits réservés

Le bandeau et la préface annonçaient : "la nouvelle, c’est la guérilla". C’est-à-dire que, au contraire du roman qui aménage la traque dans la durée, la nouvelle agit par surprise, tente des incursions éclairs pour prendre de court les résistances, déjouer leur vigilance et accéder à cette vérité qui se dérobe.

Plusieurs nouvelles illustrent ce propos : “Le Chant de l’encre”, qui constitue sans doute, pour ce qui est de la remontée à la source du texte, l'expérience la plus radicale ; “Voyage au pays des bords du gouffre”, qui prend acte des pouvoirs de l'écriture pour imposer à l'esprit du lecteur une expérience limite. Cette fiction, tout entière construite sur l’exploration paradoxale des confins, a pour objectif de faire se dérober le sol sous les pas des voyageurs - et la réalité sous les pas du lecteur -, leur fournissant l'opportunité de contempler, une fois parvenus aux extrémités de la terre, “la pure figure du néant”. D'autres nouvelles s'appuient sur la prééminence symbolique, absolue, mais aussi déréalisante, et même mortelle du signe écrit : “Le Droit à la virgule”, “La Faute”, “Exil en Grande-Scripturie”, etc. On s’apercevra aussi que ce recueil a, comme "La Tache aveugle", été la matrice de plusieurs romans, par des textes qui en esquissaient par avance les contours : “L’Iconoclaste” pour "L'Iconoclaste" ou “Le Buisson ardent” pour "Le Livre des malédictions".