© Copyright 2010 Juliette Nadaud     -     Tous droits réservés

(Ce livre a commencé à être écrit en 1990. Par une succession de coïncidences malheureuses, les droits en ont été acquis successivement par le Seuil, Quai Voltaire, puis par Grasset, mais le livre ne sera publié qu'en 2004.)

Cette quête des origines de l'écriture alphabétique à travers l'histoire, telle qu'on a pu la lire dans "Le Livre des malédictions", est cependant indissociable d'une remontée jusqu'aux limites de ce que l'on peut en percevoir par soi-même, à travers sa propre enfance. C'est d'ailleurs ce qu'avait déjà amorcé "L'Armoire de bibliothèque", qui sera réintégré comme l'un des chapitres des "Années mortes". Un autre passage pointe ce qui a pu générer ou conditionner le processus d'écriture : la hantise du frère mort, dont je porte le même prénom – ce qui me conduit à devoir déchiffrer mon propre nom sur la tombe d'un "autre" -, et donc à réfléchir sur le double absent et le statut de l'enfant de remplacement. Cet épisode confirme le soupçon que j'avais, à savoir que j'étais bien "écrit avant que d'être".

 

En partie s'explique le ressentiment du mauvais fils qui, ontologiquement, sait qu'il ne sera jamais, par rapport à l'absent, à la hauteur des espoirs qu'on a mis en lui et qui n'aura d'autre issue que de s'en prendre aux processus de sublimation de la figure maternelle (thème déjà abordé dans "La Mémoire d'Erostrate"). Ainsi s'articule l'épisode du déni de la Fête des mères, dont je m'étonne moi-même, après coup, de voir à quel point il induit, dans le chapitre suivant intitulé "Mille lignes", ce rapport halluciné à la graphie. D'autres notations autobiographiques, en amorce, en complément ou en décalage par rapport à "Une aventure sentimentale", traitent du séjour en pension, de l'éveil de la sexualité, du surgissement individuel et collectif de la révolte contre le monde tel qu'il est, signes annonciateurs de Mai 68.

Aquarelle de Daniel Nadaud