© Copyright 2010 Juliette Nadaud     -     Tous droits réservés

En 1991 commence l'aventure de "Quai Voltaire, revue littéraire", qui avait pour objectif d'offrir aux écrivains français contemporains un lieu où ils auraient la possibilité de s'interroger sur les conditions de leur pratique et sur la réception de leurs ouvrages. Commencée par un numéro sur "Les Grands échecs littéraires", cette réflexion se poursuivra par d'autres thèmes, dont un sommaire consacré à la postérité. 

Tel sera, parallèlement, le thème central de La Mémoire d'Érostrate qui fait référence à un iconoclaste avant la lettre, le célèbre incendiaire du temple d'Artémis à Éphèse, déesse de la fécondité, elle-même paradoxalement stérile et castratrice. Se retrouvent donc ici à l'œuvre l'obsession souterraine du matriarcat, telle qu'elle s'était déjà manifestée dans Désert physique, et la violence du ressentiment qu'elle peut engendrer. Car Érostrate est justement ce fils rebelle, qui attente à la toute-puissance de la mère symbolique et est persuadé que la seule force des lettres de son nom, ainsi gravées dans la mémoire des hommes, lui permettra d'accéder à l'immortalité. Quitte à encourir la peine de mort qui avait été décrétée en représailles, par l'assemblée des cités d'Asie, à l'égard de tous ceux qui prononceraient son nom, ainsi ai-je insinué, à la fin du roman, que je m'inscrivais moi-même dans la filiation de tous ceux que j'avais exhumés pour avoir porté vivante à travers les siècles la mémoire d'Érostrate.