© Copyright 2010 Juliette Nadaud     -     Tous droits réservés

Lors d'un de mes nombreux voyages entre Tunis et le Canada, ivre de fatigue à cause du décalage horaire, dans le bus du retour entre Montréal et Québec je lis "Les Ombres errantes" de Pascal Quignard et tombe sur une phrase comme quoi Jules César avait fait boucher l'une des entrées des Enfers qui donnait sur le lac de l'Averne.

Mon sang n'a fait qu'un tour.

Quoi ? Parce qu'il existait des entrées des Enfers ? Voilà bien ce qu'il fallait vérifier. De fil en aiguille, mon enquête m'a permis de localiser, grâce aux textes d'abord, puis sur les cartes entre la Grèce, l'Italie et la Turquie, environ une dizaine de lieux : grottes, fleuves, lacs sulfureux, etc., qui passaient pour avoir un lien avec les Enfers ou qui permettaient d'y pénétrer. Inutile de creuser très profond pour m'apercevoir que cette quête rassemblait toutes les figures imaginaires que j'ai traitées jusqu'ici dans mes romans : la tache aveugle, le zéro, les bords du gouffre, le temps à rebours, etc. 


"Le point "où l'on peut saisir la source du ça qui nous habite", je m'aperçois que c'est, par ce voyage à travers les textes et les lieux, peut-être ce que j'ai poursuivi en vain, sous le couvert de la métaphore d'un endroit où l'on ne peut plus se rendre, soit parce que les accès en ont été obturés, soit parce qu'ils ne s'ouvrent désormais plus que sur le vide. Or, les Enfers, c'est bien "le soleil noir" de la conscience, la tache aveugle, l'envers de ce point d'éblouissement où il nous a un jour peut-être été donné de contempler la lumière en face."

(p. 291)

Méduse (Pâte de verre et fer forgé)
(Oeuvre de l'auteur)