© Copyright 2010 Juliette Nadaud     -     Tous droits réservés

Dans le roman familial sous-jacent, dont chaque ouvrage paraît crypter un épisode ou une caractéristique, "Auguste fulminant" ne peut pas éviter cette fois de donner l'impression d'en découdre avec la figure du père, d'abord déifié par naïveté, puis rejeté sous l'effet d'une déconsidération généralisée.

Car tel est le cas de Virgile qui, par les seules vertus de la fiction et du mythe, rédige "L'Enéide" en partie pour faire en sorte que l'empereur Auguste descende du demi-dieu Enée - avant de se raviser et de vouloir brûler son œuvre.

 

Certes, ce roman part d'une méditation sur le rapport entre la réalité et la description que l'œuvre en donne dans la fiction (la baie de Carthage); mais on peut dire que, à partir de ce prétexte, se poursuit un travail de sape, entrepris depuis "Le Livre des malédictions", où la figure divine apparaissait non seulement contenue à l'intérieur du livre, mais aussi forgée par l'écriture.

De plus, dans ce rapport ambigu entre fiction et réalité, on notera que ce roman fait revivre, cette fois à l'époque contemporaine, l'impossible histoire d'amour entre Enée et Didon, inventée de toutes pièces par Virgile puisque, selon la chronologie, plusieurs siècles séparent le héros de la guerre de Troie et la reine de Carthage. Or, j'ai bien été obligé de constater que, de façon sinon prémonitoire du moins par un étrange parallélisme, la transposition moderne de "L'Enéide" que j'avais effectuée, et qui n'était elle-même que romanesque puisque inscrite dans le cadre d'"Auguste fulminant", s'est trouvée avoir pour de bon des résonances à la fois réelles et personnelles. On me pardonnera de ne pas trop entrer dans les détails. Il n'en reste pas moins que l'écho de cette aventure, comme par effet de boomerang, est venu résonner jusque dans ma propre biographie. Dans ma hantise de reproduire le tour catastrophique que Enée lui avait donné en trahissant celle qui lui avait pourtant tout sacrifié, je reconnais avoir fait l'impossible pour en déjouer la légendaire fatalité.